« Perdus dans un monde étrange, Myriam et Gaël trouvent grâce à Jonas un espoir de rentrer chez eux. Mais le plan de ce dernier, à base de baston, de dissimulation d’identité, ainsi que de pouvoirs non maîtrisés, promet quelques surprises et beaucoup de difficultés… Vont-ils réussir à coopérer et tirer leur épingle du jeu dans ce monde inconnu ? »
Lorsque le premier concours Webtoon localisé en France est annoncé en 2020, je décide d’adapter OMUN dans le fameux format vertical. Au final, j’aurai sorti 32 épisodes sur Canvas, la section de la plateforme dédiée à la diffusion libre sans contrat d’édition.
Omun est un scénario que j’avais déjà dans mes cartons depuis longtemps, et que je commençais à peine à dépoussiérer depuis quelques mois. J’avais réécrit le scénario et commencé à dessiner les planches, sous un format de pages. Je prévoyais de poster une page par semaine sur Facebook, pour envisager plus tard un financement participatif de la BD.
J’apprends l’existence du concours Webtoon deux semaines avant son début. Deux semaines, c’est court, mais j’ai déjà quelques planches de prêtes. Je décide de mettre ce temps à profit pour reformater ma narration selon les principes du scroll et de la verticalité.
Format et mécaniques narratives
Lors de la préparation du concours, je regarde mon histoire sous un angle nouveau : comment fidéliser d’épisode en épisode ?
Un webtoon est comme une série télévisée. Il faut être capable d’accrocher le lecteur dès les premières cases. Il faut aussi que la fin donne envie de savoir la suite, et marque suffisamment pour qu’on le retienne. Et le premier épisode en particulier doit être ambitieux.
Lorsqu’un webtoon a déjà plusieurs épisodes de sortis, le nouveau lecteur peut se laisser embarquer et cliquer même avec peu de conviction sur « épisode suivant ». Mais lire une série quand un seul épisode est sorti, cela signifie que l’épisode en question doit marquer tellement le lecteur qu’il s’en souviendra assez longtemps pour cliquer sur « s’abonner » et avoir la patience d’attendre.
C’est tellement compliqué que la première publication d’un webtoon édité contient déjà les trois premiers épisodes. Mais je n’avais pas assez de contenu d’avance pour imiter ce système.
En commençant mon découpage, je me retrouve heurté à un autre problème. Mon webtoon concourt dans la catégorie Fantasy et Action. Or mon premier épisode ne fait que présenter les personnages, au lycée, avant qu’ils ne se retrouvent dans un autre monde !
Alors je décide de commencer mon histoire en présentant deux personnages qui incarnent l’aspect fantasy, et de couper mon épisode avant le dénouement de la séquence action. Ainsi je coche les cases de mon cahier des charges : respecter la catégorie, accrocher le lecteur dès le départ, et le fidéliser avec une fin suspendue.
Pour le début, il me faut donc prévoir des cases en plus de celles déjà dessinées. Je décide de ne pas les faire à la tablette graphique, comme les pages déjà réalisées, mais au tradi, avec un mélange d’aquarelle, de café, et d’encre de couleur. De cette façon, je crée un contraste entre les scènes « fantasy » et les scènes « lycée »‘, et je crée un point de démarcation avec la « concurrence », qui aura recours à la tablette graphique.
Le concept reste pendant les dix premiers épisodes. Les scènes « aquarelle » en intro sont des flash-back de deux personnages, et apportent de la tension et de la magie. Les scènes des lycéens sont de l’exposition : du lien entre les personnage, et de la découverte de ce nouveau monde.
L’histoire se décompose en deux chronologies parallèles. Puis lorsque les premiers épisodes « d’action continue » commencent, les intros aquarelle disparaissent… Pas de panique ! on retrouverait ces deux personnages un peu plus tard.
D’ailleurs, elles s’appellent Bess et Kimasami.
Les protagonistes
Dès la création initiale de OMUN, j’avais déjà une idée assez précise de mes protagonistes. Ou plutôt, de leur cahier des charges.
- Ils devaient présenter des traits permettant d’identifier des origines ou des métissages différents, à l’image du melting-pot culturel des Antilles.
- La couleur devait être une matérialisation des querelles et des choix psychologiques.
- Chez Myriam, les couleurs dominantes sont le blanc, le noir (souvent réinterprétés en violet clair et violet foncé) et le rouge. Chacune de ces couleurs représente un mood particulier du personnage, et la couleur qui l’emporte est symbolique sur l’état d’esprit de la jeune fille. Par exemple, le « noir » et le « blanc » représentent respectivement Rage et Abandon, deux états très intenses du personnage.
- Chez Gaël, les couleurs dominantes sont le blanc, le noir (réinterprétés en bleu clair et bleu foncé) et le jaune. Gaël n’impacte que peu la colorimétrie des scènes. Même s’il est très démonstratif, on en sait peu sur son réel état psychologique.
- Chez Jonas, les couleurs dominantes sont le marron, le bleu, et le jaune. Chez lui, ces couleurs offrent une lecture de ses pouvoirs et de sa façon de les utiliser. Lorsqu’il ne les utilise pas, on retrouve donc sur ses tenues uniquement des couleurs désaturées. C’est cohérent avec son attitude froide et sa volonté permanente de contrôle de la situation.
- Tant qu’ils sont sur Terre au début de l’histoire, les protagonistes sont en uniforme du lycée et n’ont pas de distinctions de couleurs. Mais leur tenue change lorsqu’ils se retrouvent transportés sur Omun.
- Leur outfit devait varier mais toujours être impacté par les couleurs qui leur étaient assignées.
- C’est particulièrement visible sur la tenue de voyage de Myriam qui est recouverte d’une veste longue blanche, en rapport avec Abandon qui domine la jeune fille. Mais sa tenue de combat est beaucoup plus ouverte et le blanc perd du terrain.
Au-delà du style, j’ai surtout énormément travaillé sur la psychologie des personnages. Je pense que je ferai des articles complets dédiés à ce sujet, plus tard.

Les personnages secondaires et le décor
Les décors du récit sont censés aider à se représenter le dépaysement de Myriam et Gaël dans ce nouveau monde. C’est d’ailleurs pourquoi, alors que la majorité du récit est en noir et blanc, les décors sont souvent en couleur. La découverte du monde s’accompagne souvent d’émotions intenses, qu’elles soient la fascination ou l’angoisse. Et dans OMUN, les couleurs sont dédiées aux émotions.

Ce que j’ai voulu transmettre
OMUN raconte l’histoire de trois adolescents transportés dans un monde inconnu. Parce que je voulais reprendre la structure de l’isekai et la pousser jusqu’à en faire une métaphore de l’exil.
À nous Antillais ayant grandi loin de l’hexagone, on nous vend constamment « là-bas » comme l’endroit où partir si on veut s’en sortir.
Et « là-bas », on détone dans le paysage. Pas la même culture, pas le même accent, pas la même façon de voir les choses.
Que faire ? Se fondre dans la masse et accepter de changer, tant pis ? Ou rester soi et « faire tâche » constamment ?
OMUN raconte l’histoire de trois adolescents qui sont tous sauf insouciants. Pas de valise pour passer le portail, si ce n’est une tonne de traumas.
Non, changer de monde ne fait pas de nous automatiquement des gens neufs et libres.
Non, les traumas ne sont pas juste des « backstories ». Ce sont des forces qui gouvernent les décisions de nos personnages, sabotent les relations, créent des dynamiques de pouvoir toxiques.
OMUN raconte l’histoire de trois humains complémentaires mais qui sont incapable de coopérer.
Parce que ce ne sont pas des héros, mais des personnes instables qui forment un trio dans lequel chacun projette ses peurs, ses manques, ses pulsions.

En résumé, « OMUN », c’est…
Un projet qui m’a permis de « tester le webtoon »
Je suis heureux d’avoir pu tester un format différent, dans la continuité de mon projet précédent « Jacqueline et le Haricot Magique ». Ainsi que d’avoir pu mesurer l’intérêt du public pour une histoire telle qu’OMUN. Elle restera sûrement à jamais inachevée en tant que webtoon, mais reviendra plus tard sous un autre format.
- 32 épisodes publiés
- Trente mille vues
- Un prix Canvas en 2021
Ce que j’ai réalisé :
-
Scénario complet
-
Chara-design et psychologie des personnage
-
Décors
-
Réalisation, du storyboard à la publication finale
- Communication sur les réseaux sociaux
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