Celle qui se battit contre le rejet jusqu’à se combattre elle-même.
(BD numérique, 2018)

La Course des Guerrières  est le résultat de ma participation aux 25hBD 2018. Il s’agissait de réaliser 12 pages en 25 heures avec le thème « Échapper à Hadès » et la contrainte « Deux pages doivent se refléter ».

Toujours dans la lignée de « Le Bon Camp » (23hBD 2018), j’ai choisi un univers qui traînait déjà dans mes vieux cartons comme base de l’histoire.

Scénario

L’histoire est celle de Kasujaa, une apprentie guerrière isolée et rejetée, et de sa capacité à ne pas être corrompue par ses traumas.

En effet, j’ai choisi d’interpréter Hadès comme une métaphore de notre part sombre intérieure. J’ai en réalité fusionné son image populaire contemporaine qui en fait un personnage maléfique (même si c’est faux au sens mythologique) et la signification de son nom (« ce qu’on ne voit pas »). Ainsi, « échapper à Hadès » devient une façon de s’émanciper de nos traumatismes et leurs blessures persistantes.

Kasujaa, qui a intériorisé ce rejet des autres, sombre dans l’Hadès. Jusqu’à ce qu’elle commence à remettre en question cette croyance que les autres la rejetteront quoiqu’il arrive, donc qu’elle ne doit jamais faire preuve d’empathie. Cette étape est matérialisée par son dilemme moral : s’assurer de remporter la course ou aider son ancienne amie, Nyoka ?

Narration et mise en scène

12 pages, c’est court. 25 heures aussi.

J’avais déjà participé aux 25hBD en 2017 mais j’avais fait l’erreur de recourir à un scénario trop dense et nécessitant trop d’exposition. J’avais prévu trop de pages par rapport au temps imparti.

Le piège de piocher dans un lore existant est de vouloir détailler trop de choses auxquelles on est attaché. Alors j’ai simplifié l’univers au maximum, ne gardant que la forêt, les guerrières et le passé des personnages. Ainsi les 6 pages avant le début de la course servent à l’exposition tout en répondant au thème et à la contrainte. Elles servent ainsi à installer une forme de tension pour impliquer le lecteur dans l’issue de la course.

La contrainte est d’ailleurs traitée dans les pages 5 et 6. Elle est pensée de façon à ce que les pages, disposées côte à côte, puissent donner l’impression que Kasujaa et Nyoka vont l’une vers l’autre. Mais les pages ne sont pas côte à côte dans le format du site. Elles se succèdent. Kasujaa et Nyoka sont séparées par le défilement des pages, comme elles l’ont été par le temps.

Ce que j’ai voulu transmettre

En conflit contre soi-même

Kasujaa est littéralement divisée. En elle, le doute, la honte, la colère, l’instinct de survie… Elle est Hadès et elle est victime d’Hadès. Ce récit met en scène un combat contre soi-même, nourri par les humiliations passées et les croyances intériorisées. Cette lutte intérieure façonne ses choix, parfois contre son propre intérêt — ou contre ses valeurs.
C’est une manière de raconter ce que cela signifie de se (re)construire après avoir été perçu comme une anomalie.

La confrontation sociale, face aux autres

L’histoire joue sur les tensions de groupe : exclusion, popularité, rejet, admiration… À travers le regard que les autres portent sur Kasujaa ou Nyoka, je donne à voir la mécanique de stigmatisation. On y voit comment les « autres » agissent comme un miroir déformant : ils renforcent ou minent l’identité selon qu’ils projettent du rejet ou de la lumière.
Le duo Kasujaa/Nyoka condense cette complexité : elles se ressemblent, mais ne reçoivent pas le même traitement. L’une est trop, l’autre est juste comme il faut. Et cela crée un gouffre.

Mes racines : notre époque postcoloniale

Dans ce peuple fictif, les yeux bleus sont considérés comme une malédiction. Ce motif visuel symbolise la construction de critères de rejet arbitraires — hérités d’un passé douloureux, transformés en normes de domination.
C’est une transposition de ce qui se joue encore dans certaines sociétés issues de la colonisation.

Par exemple, dans la société martiniquaise, celle dans laquelle j’ai grandi, des critères comme la peau trop sombre, cheveux trop crépus, sont encore trop de marqueurs devenus prétextes à l’exclusion. Même si ils tendent progressivement à disparaître, la déconstruction est lente et semée d’embûches. 
La fiction est aussi pour moi une façon d’explorer comment la colonisation continue à influencer les hiérarchies sociales, parfois jusque dans les corps et les mythes que l’on construit.

En résumé, « La Course des Guerrières », c’est…

Ma première réussite dans ce type de challenge !

  • Récompense : tortue d’or, pour avoir terminé dans les temps en respectant tous les critères.
  • Un pan minuscule d’un univers riche
  • La capacité à créer de l’empathie pour un personnage et à raconter une histoire complète en seulement 12 pages

Diffusion : site web des 25h BD

Ce que j’ai réalisé :

  • scénario complet

  • croquis des planches

  • line
  • colorisation