Là où le grondement de la houle rejoint celui de la foule…
Je ne crois pas avoir passé beaucoup de temps au Lorrain lorsque je vivais au pays, mais en fermant les yeux… je revois l’arrière de la 306 et le paysage qui défile.
D’un côté, les bananiers à perte de vue. De l’autre, découpé entre les maisons qui passent à toute vitesse : l’océan.
Car le Lorrain est une petite commune du nort de la Martinique, bordée par l’océan Atlantique. Comme sur tout le littoral nord-est de l’île, la houle a quelque chose de fascinant et d’effrayant à la fois, un peu comme un animal sauvage.
Histoire précolombienne au Lorrain
Ici déjà, il y a très longtemps, vivaient des Amérindiens, si bien que des vestiges précolombiens des poteries saladoïdes ont été trouvées lors des recherches sur les premiers habitants de l’île. Le Lorrain compte trois sites saladoïdes : Vivé, Fonds Brûlé, et Grande Anse.
La culture saladoïde était présente dans le bassin caribéen de -500 à 545 après Jésus-Christ. Les Arawaks, considérés comme le premier peuple ayant habité à la Martinique, appartiennent à cette culture. D’autres sources mentionnent leur présence jusqu’après l’an 1000. Soit près de 1500 ans dans la région !
Manioc et Kassav’
Agriculteurs et artisans, au-delà de la poterie, nos ancêtres nous ont aussi transmis la culture du manioc. Ce tubercule grandit sous terre et permet l’élaboration d’une farine dépourvue de gluten. Nos ancêtres amérindiens en faisaient des galettes qu’on appelle cassaves (d’où le nom du groupe de musique, Kassav’) et étaient un peu comme le pain de l’époque.
La farine de manioc était boudée par les européens qui la laissaient aux esclaves. Aujourd’hui, cette farine est un incontournable de la cuisine antillaise : on en fait toujours des cassaves, mais aussi des féroces d’avocat, ou on met dans les pois rouges du dimanche…
Au Lorrain, on trouve donc la Kaz à Manioc de la famille Ragald : un moulin à manioc qui propose aussi des spécialités à base de cet ingrédient ancestral.
Culture de la banane
S’il est un territoire sur lequel la culture de la banane est importante, c’est le Lorrain. On y trouve à peu près 1/4 des producteurs de l’île !
Contrairement à la canne à sucre qui domine les plaines, la banane s’épanouit sur les mornes ; et le nord de l’île est très vallonné.
La culture de la banane est très peu mécanisée ; la plupart des opérations doivent être faites à la main. C’est encore plus vrai sur les pentes des mornes. Les ouvriers agricoles jouent donc un rôle majeur dans le bon déroulement de toutes les étapes, de la plantation à la récolte.
Grèves de 1974
Pourtant , en 1974, le patronat refuse de valider le salaire minimum garanti des ouvriers agricoles. Une grève commence sur l’habitation Vivié, au Lorrain.
Cette grève tournera en drame, à Basse-Pointe, le 14 février 74. Des ouvriers y perdront la vie ; parmi eux, Rénor Ilmany, enterré au Lorrain après le défilé de centaines de personnes portant des slogans politiques tels que : “A bas la répression coloniale”, “songé l’Algérie, songé l’Indochine, Martinique lévé”.
Pour le peuple martiniquais, février 74 restera synonyme de drames et de luttes contre le colonialisme.
Cette année-là, Kolo Barst a 16 ans. À n’en pas douter, ce pan de l’histoire l’a marqué.
Il en tirera une chanson, “Févriyé 74”. Avec ses sonorités afro-caribéennes, sa guitare ainsi que sa voix rauque, il connaît un succès fulgurant, et reçoit trois prix SACEM pour son album.
Je ne sais pas si la musique adoucit les moeurs, mais “Févriyé 74” a accomplit son devoir de mémoire ; enfant des années 90, sans Kolo Barst, je n’aurais probablement jamais entendu parler de cette grève, ses causes et ses conséquences.
Illustration finale
Flemme de lire ? La vidéo est là pour ça ! Elle contient également le timelapse de l’illustration du Lorrain.
Le projet
« Les 34 communes de la Martinique » est un projet personnel au cours duquel j’effectue des recherches sur une commune de Martinique, puis je dessine une version personnifiée de cette commune selon ce que j’ai découvert.
