L’Écharpe est un projet d’illustré dynamique conçu pour mobile, entre BD animée et narration introspective. On y suit Mathieu, un étudiant en perte de repères, dont la rencontre avec un objet oublié, une écharpe, bouleverse peu à peu le quotidien figé.
Ce projet original mêle scénario psychologique, mise en scène sérialisée, et conception d’interface pour smartphone.
J’y explore les tensions intérieures, la mémoire silencieuse, et la façon dont de petits fragments de réel peuvent ouvrir des failles dans le contrôle.
C’est un récit né de l’envie de créer un lien entre narration, technologie et perception intime.
Création et innovation : le format
À une époque où la lecture mobile était encore mal adaptée à la BD, je voulais concevoir une interface sobre mais fluide, pensée pour s’adapter aux dimensions d’un smartphone, tout en maintenant une narration forte.
Inspiré par le turbomédia mais avec mes propres contraintes UI/UX, j’ai intégré les animations et la navigation progressive dans un habillage discret.
Ce fut une expérimentation narrative complète, du scénario au code, en passant par l’illustration.

Narration et mise en scène : jouer avec les lecteurs
J’ai voulu que le récit soit sérialisé : chaque nouvel épisode était débloqué grâce aux votes des lecteurs.
J’ai donc dû travailler un maximum sur l’engagement des lecteurs : d’abord par le rythme et la tension, pour motiver le lecteur à débloquer la suite.
Et puis non content l’impliquer le public par le vote, j’ai conçu une histoire où on est avec le personnage principal au sein de sa quête. Mon objectif était que les lecteurs se demandent, comme Mathieu, qui était la mystérieuse propriétaire de l’Écharpe. Et ça passait par montrer la psychologie de Mathieu par ses interactions avec son environnement pour susciter l’empathie.
C’était l’un de mes premiers essais de narration interactive, avec l’ambition de faire sentir plutôt que dire.
Scénario : la psychologie des personnages
Mathieu est littéralement le cœur du récit. Je voulais un protagoniste qui s’illustre par des défauts et que ses défauts amènent à se questionner. Que fait un étudiant rigoureux et maniaque du contrôle dans un cursus orienté sur la créativité ? Pourquoi s’isole-t-il comme ça tout le temps ?
Au fil du récit, Mathieu enquête sur la propriétaire de l’Écharpe, et nous aussi. Mais nous lecteurs enquêtons aussi, en quelque sorte, sur Mathieu lui-même, qui se dévoile au fil des épisodes, ce qui le rend plus attachant à mesure qu’on prend conscience des mécaniques qui orchestrent sa vie. Mécaniques contre lesquelles une part de lui lutte irrémédiablement.
Et on se rend compte qu’en dépit de tous ses efforts, le contrôle finit toujours par lui échapper ; car notre vie ne dépend pas que de nous, mais aussi de nos interactions avec les autres.


Ce que j’ai voulu transmettre
Le personnage principal
Mathieu est une personne qui se sent égaré dans sa vie et qui essaie de continuer à fonctionner en se coupant de ses émotions.
Le rapport à soi même et à sa capacité à faire une introspection a toujours été un point crucial dans mes créations. Je crois que nous pouvons tous nous voir de façon positive, ou négative, être son propre ami, ou son ennemi. Nous sommes tous d’une certaine façon des étrangers pour nous-même. Surtout quand nous essayons de survivre à quelque chose qui nous a profondément touché.
Les interactions de Mathieu avec les autres
Mathieu se coupe de lui-même, mais aussi des autres. C’est sa façon de survivre. Et pourtant l’histoire passe son temps à le confronter à d’autres personnes. L’absence d’échanges de la part de Mathieu avec les autres, autres que le récit présente et fait exister, est déjà une façon de communiquer.
Comme je place Mathieu au centre de l’oeuvre, et que j’essaie de faire que le lecteur s’attache à lui, j’utilise les autres personnages : Sarah, Adrien, ou même l’Écharpe, comme des miroirs déformants. Ils ont tous des points communs avec Mathieu, et ces points communs permettent de mettre en avant les différences, et donc de renforcer la personnalité du personnage principal.
Sarah et Adrien sont plus désinvoltes et moins sérieux que Mathieu. Ce sont des étudiants eux aussi, mais, jeunes, spontanés, enjoués. Et cela contraste avec le caractère renfrogné du personnage principal. De même, je vois l’Écharpe comme un élément un peu comique car son design brillant et bariolé contraste avec le chara-design de Mathieu qui s’habille en couleurs ternes. Sauf ses sneakers. Des chaussures orange, en complet décalage avec les personnages. Un élément de lore que je n’ai pas eu le temps de développer avant l’arrêt de la série…
L’Écharpe : un objet-personnage
D’ailleurs, vous avez remarqué que je considère l’Écharpe comme un personnage à part entière, et pas juste un simple MacGuffin ?
On a tous un rapport particulier à certains objets, comme s’ils stockaient des souvenirs, non ? Bon ok, peut-être pas vous. Mais moi, si.
Certains objets sont des mémoires à eux seuls. Ils traversent le temps et l’espace d’une façon indépendante de leur volonté (puisqu’ils n’en ont pas) et c’est ça qui fait d’eux des machines à remonter le temps.
Ma terre natale, c’est la Martinique. Je suis un bourgeon né de racines enfouies qui vont si loin qu’elles effleurent l’Inde, l’Europe, l’Afrique, et les Amériques. Mais je ne pourrai jamais vraiment, entièrement, retrouver mes racines. Cet héritage perdu a survécu comme il a pu dans les objets. Ces mêmes objets avec lesquels, depuis plusieurs dizaines d’années maintenant, des étudiants partent pour l’hexagone : qui un pendentif de la forme de l’île, qui une tête calendée, qui un vieux livre, qui un couteau chien…
Comme par hasard, un de mes projets d’études était le récit d’un carré de madras perdu à l’aéroport, dans le froid de l’hiver. Déjà un tissu prenait vie (au gré du vent), déjà un objet incarnait un personnage…
En résumé, « l’Écharpe », c’est…
Un format pensé pour le mobile
- Inspiré du turbomedia
- Lecture par défilement horizontal, case par case
- Légères animations dans certaines cases
- Conçu spécifiquement pour les temps de pause sur smartphone
Durée du projet : 2016 → 2018
Statut : 3 épisodes publiés / 6 prévus
Diffusion : site web + votes sur Facebook
Ce que j’ai réalisé :
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scénario complet
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design UI/UX + dev front (HTML/CSS/JS)
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illustrations, line
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animation de certaines cases
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colorisation de l’épisode 3
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La colorisation des épisodes 1 et 2 a été réalisée par Pao.
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