Redécouvrir ces lieux de mon enfance avec un regard d’adulte. Tout ce qu’on ne nous disait pas, mais qu’on ressentait déjà.
Chaque lieu devrait toujours être visité au moins deux fois
Chaque lieu devrait toujours être visité au moins deux fois : la première pour découvrir, la seconde pour comprendre.
Pour moi, ça vaut aussi pour les lieux dans lesquels on grandit : l’enfance est le terrain de la découverte. Mais il faut y revenir, une fois adulte, et porter un second regard sur ces endroits.
Sinon, ils ne resteront que des noms qu’on connaît, des routes qu’on a pris, des bourgs qu’on a traversé… des paysages qu’on croit familiers sans vraiment les avoir regardé.
Le concept du projet des 34 communes
« Les 34 communes de la Martinique », est un projet qui vient de cette pensée.
C’est un projet d’illustration, d’écriture et de recherche narrative dans lequel chaque commune de Martinique devient un personnage ; c’est-à-dire un visage, une allure, une présence.
A chaque session, je prends donc une nouvelle commune, j’effectue des recherches sur celle-ci pour compléter les lacunes de mes souvenirs d’enfance, puis je la dessine de façon humanisée. Chaque élément choisi de sa morphologie, son apparence, ses vêtements, est en lien avec un évènement ou un élément propre à la commune : géographie, histoire, personnalités originaires de la commune, monuments et architecture.
Mais derrière cette idée simple, il y a une ambition plus profonde :
faire le portrait d’un territoire sans l’aplatir.
La Martinique n’est pas une carte.
La Martinique n’est pas un cliché.
La Martinique ne se réduit pas à une vision exotique caricaturale.
La Martinique que j’ai choisi de raconter
La Martinique est souvent racontée depuis l’extérieur : comme un décor, une destination, une carte postale…
Trop souvent, on la réduit à quelques signes immédiatement lisibles : la mer, le soleil, le rhum.
Je refuse de laisser mon île natale se résumer à ce qu’il est commode d’y voir.
Avec ce projet, j’espère donc proposer une autre lecture de mon île, en tant que territoire habité et non plus en localisation à dominer.
Un territoire traversé par des mémoires, des fractures, des héritages, des attachements, des classes sociales, des récits contradictoires, des formes de beauté parfois discrètes.
Chaque commune a des points communs avec certaines ou toutes les autres ; mais elle a aussi des différences. Ainsi, chacune d’entre elles devient une porte d’entrée vers quelque chose de plus vaste qu’elle-même : une manière de vivre, une mémoire collective, une tension historique, une façon d’occuper l’espace, de parler, de tenir, de transmettre.
Je ne cherche pas à figer une « identité martiniquaise ».
J’essaie au contraire de la regarder dans ce qu’elle a de multiple, mouvant, parfois incohérent. Ce qu’elle a de vivant.
Pourquoi ce projet
Ce projet est artistique, mais il n’est pas décoratif.
Il naît d’un besoin de représentation, pour toutes les personnes qui sont attachées de près ou de loin à la Martinique : ceux qui y sont nés, ceux qui y vivent, ceux qui s’en souviennent, ceux qui espèrent y retourner, ceux qui ne la connaissent que par leurs parents.
Ceux qui entendent le lointain écho d’un appel, par-delà les âges, ou par-delà l’océan.
C’est un projet lent, qui vit. Car moi aussi, entre deux communes, j’évolue. Je cherche des sources différentes. Je change de coup de crayon.
Je le construit pièce par pièce, sans perdre le fil. Je m’efforce de créer une continuité là où on ne nous parle que de fragmentation.
L’oeuvre n’est pas toujours dans le geste spectaculaire. Elle peut aussi être dans la persistance. La résilience.
Les communes déjà réalisées
Le Lorrain
La où le grondement de la houle rejoint celui de la foule...