Bonjour à tous, bien-aimés lecteurs ! On se retrouve cette semaine pour un article un peu spécial, puisque je vais vous raconter comment je procède lors de l’écriture de mes Récits.

Mais avant toute chose, une petite information au sujet de la reprise de la série “L’Écharpe”…

Suite au don d’une amie graphiste, je serai bientôt en possession d’une tablette graphique en état de dessiner Mathieu. Dernier obstacle : me rendre à l’autre bout de la France pour la récupérer ; mais pour ça, j’ai désormais un plan. Je continuerai de vous tenir au courant !

Bon, maintenant que vous savez tout, on peut reprendre le cours normal de cet article.

-Dis, Audrey, comment on fait les Récits ?

-Pas de magie ni de secret, lecteur, tu vas bientôt le découvrir…

1.L’idée

Avoir une idée, c’est facile, curieusement. La plupart de mes idées commencent par un “et si ?”. LTK, par exemple, était à la base une réponse à “et si l’humanité telle que nous la connaissons n’était pas la première race humanoïde intelligente à avoir peuplé la Terre ?” (puis j’ai vu que René Barjavel avait eu la même idée en mieux presque deux siècles avant moi, j’ai eu honte, et j’ai chamboulé le contexte de mon histoire). Souvent, j’écris aussi à partir de mes rêves ou de gens étranges que je croise dans les transports en commun.

A ce stade, généralement, j’ai un premier scénario avec un début, un milieu et une fin. C’est souvent très basique mais il m’est arrivé de produire spontanément un scénario… d’une vingtaine de page. J’ai eu une hémorragie de la narration, quoi. Malheureusement, le résultat n’est pas toujours heureux et c’est pour ça qu’il y a l’étape 2.

2. La structuration grâce aux schémas narratifs

Maintenant qu’on a l’idée, on passe au plus dur : la rendre pertinente et intéressante. Et là, ressortez vos classeurs de cours de français du collège car on va parler de schémas, narratif et actanciel. Il y en a d’autres, bien sûr, mais je ne les utilise pas tant que ces deux-là. Si ces schémas ne me servent pas à construire mes histoires, ils sont en revanche très utiles pour m’assurer qu’elles sont correctement bâties, avec les fondations nécessaires.

Après cette étape, j’obtiens un scénario assez long. LTK faisait une bonne centaine de pages.

Le schéma narratif, le plus connu.

Le schéma actanciel, qui liste les différents intervenants.

3. Quête principale et quêtes annexes

Cette étape ne concerne pas les séries courtes comme l’Écharpe, qui n’ont généralement qu’une seule quête.

Il s’agit de faire la liste de toutes les problématiques du récit, vérifier qu’on y répond (lorsqu’elles sont essentielles pour la compréhension de la quête principale).

En gros, une quête, c’est un objectif que doit atteindre le héros. Les quêtes annexes sont souvent des étapes déterminantes pour la quête principale (pas comme dans les jeux vidéos, n’est-ce pas Altair, tu t’en sors avec tes drapeaux ?).

Exemple : Rodolphe, roi des Cervidés, doit sauver le monde. C’est la quête principale. Pour ce faire, il devra d’abord :

  • trouver le sage qui sait où se trouve l’Épée de Lumière 3.0, modèle 2016, avec les petites led incrustées dans la lame qui font office de guirlande de Noël… bon, ok, je me calme.
  • mais le sage lui demande un service en échange, qui est de ramoner la cheminée de sa résidence secondaire (bah ouais, une cheminée encrassée, c’est pas écolo, les gens…)
  • une fois la cheminée ramonée et les informations récupérées, Rodolphe peut allée chercher son Épée de Lumière 3.0 2016 (c’est long comme nom, oh la la) à la supérette discount située rue Bayard.

Maintenant que Rodolphe en a fini avec les quêtes annexes, il peut aller affronter le Père Fouettard et sauver le monde. (Avouez, maintenant vous avez envie de savoir comment. Et croyez-moi, on n’est pas dans un manga alors ce n’est pas le pouvoir de l’amitié…)

Comme j’ai tendance à faire des brouillons pleins de quêtes annexes (plus on dope avec de l’action, mieux c’est, se dit-on. Non, croyez-moi, non ça ne marche pas comme ça…), identifier celles qui sont déterminantes, c’est bien pour supprimer les péripéties inutiles au profit d’autres éléments nécessaires.

4. Psychologie des personnages

Maintenant qu’il ne reste dans le Récit que l’essentiel, il faut s’assurer que chaque personnage constitue une entité cohérente et original. L’étape d’ajout ou de suppression de quête peut altérer la bonne compréhension du caractère des personnages, et croyez-moi, ils détestent être incompris. Attention, car ils détestent également avoir l’air trop linéaires ou constants… Ce sont des humains qui évoluent au rythme de leurs mésaventures ou péripéties.

5. Chara-Design

Échantillon d’une phase de recherches pour LTK.

Allez, ça y est, ils commencent à s’agiter sous les mots et à vivre, ces personnages ! Il est temps de leur donner un visage, une posture, une corpulence, un style vestimentaire.

A cette étape, je dessine beaucoup, mais je fais également beaucoup de recherches. Pour LTK, ce fut assez considérable car je me suis inspirée de légendes et de coutumes de peuples ancestraux, mais aussi d’usages vestimentaires ou artistiques plus récents.

6. Construction du Récit final et découpage en épisodes

C’est une partie coriace mais on ne peut y échapper. Il faut valider la rédaction finale et le découpage en épisodes, et je ne dirai jamais assez à quel point mon objectif est que les lecteurs aient toutes les clés en main pour décider s’ils veulent voir un épisode supplémentaire ou changer de récit. Et comme dans une série T.V., ça passe par un bon dosage du suspense et des informations données pour permettre au spectateur de s’attacher à un ou plusieurs personnages.

Et voilà ! Il ne reste désormais que le storyboard, la création des line, la colorisation, le développement et l’adaptation de l’interface. Encore beaucoup de choses ! Je garde donc tout ça pour un prochain article.

Quoiqu’il en soit, j’ai souhaité que par le biais de cet article, vous puissiez comprendre que l’écriture d’une histoire, ce n’est pas que de l’inspiration, ou du don, ou de la spontanéité. Certaines histoires mettent des années à s’écrire : on évolue, on mûrit, et les ambitions des personnages également.

La différence entre un récit écrit à la va-vite et une histoire qui a mis des années à se décanter, je vous la montrerai. J’ai mis 3 semaines à bâtir la maison de paille qu’est l’Écharpe, mais une dizaine d’années à construire LTK. Mon plus grand espoir est que vous ayez l’occasion de constater la différence.

Je vous dis donc à très bientôt au Café, où vous serez toujours les bienvenus. Parole d’auteur.