Les tasses de thé qui s’empilent, la musique à fond dans le casque, les gouttes de sueur qui perlent, la tension qui monte à chaque seconde…
J’ai l’habitude de la panique des rushs. Il faut dire que pendant quatre ans, j’ai travaillé en agence de com’. J’ai également eu quelques jours très intensifs à cause des deadlines de L’Écharpe. Mais aucune de ces expériences n’est comparable avec les 25H BD.

C’est quoi, 25H BD ?

A chaque changement d’heure, une chose assez fantastique se produit : des dessinateurs de toute la France se réunissent pour créer chacun une BD de 12 pages en « un jour » sur un thème et une contrainte communs. En octobre, lors du passage à l’heure d’hiver, cela fait un challenge de 25 heures, et en mars, pour l’heure d’été, le défi dure 23 heures.

L’évènement commence le samedi à treize heures et finit le lendemain, même heure. Un groupe Facebook dédié est créé pour que les dessinateurs puissent échanger entre eux et avec les organisateurs. Certains diffusent leur prestation de 25 heures en live sur internet. C’est très intense, mais aussi très convivial.

Trois récompenses sont accessibles :

  • La tortue d’argent : finir sa BD d’au moins 12 pages en un peu plus de 25 heures : le but est d’aller jusqu’au bout de son histoire.
  • La tortue d’or : finir ses 12 pages en moins de 25 heures.
  • La tortue rouge : faire le double, soit 24 pages en moins de 25 heures.

Allez, il est temps que je vous raconte cette première participation ! Elle ne s’est pas vraiment passée comme prévu, mais je me suis éclatée !

 

C’est parti !

Premières ébauches

Samedi, 13 heures : je suis devant mon bureau, pas vraiment préparée pour cet évènement, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. Je me rends sur internet : le thème sera dévoilé sur Youtube, et la contrainte, sur Facebook, par les « parrains » de l’évènement.

Hop, ça y est, les infos sont données ! Le thème est « propagande », et la contrainte, « mise en abîme ».

Sur le groupe Facebook, ça chauffe déjà, je me joins aux conversations pour échanger sur notre vision du thème.

Samedi, 13h15 : après avoir planifié l’organisation de mon temps, je fais un brainstorming rapide. Propagande, ça m’évoque Staline et l’URSS. Mise en abîme ne me parle pas trop au début : j’ai l’idée de l’intégrer en tant que concept dans le scénario plutôt qu’en simple « inclusion illustrée dans l’histoire », mais je ne vois pas encore comment. Je repense aux ouvrages de Bernard Werber et commence à poser les bases d’un monde où vivent des dieux qui créent des mondes où vivent des dieux qui… vous avez saisi l’idée. Pour la propagande, je pars de l’idée inverse : un gouvernement qui veut propager l’idée qu’être créatif n’apporte rien à l’humanité, il faut être raisonnable et productif. Evidemment, il y aura des rebelles créatifs. J’ai d’un coup le nom et le synopsis de mon histoire. Plus qu’à développer.

Samedi, 14h00 : j’ai maintenant mon scénario,  j’attaque mon storyboard ! Je voulais m’inspirer des affiches de propagande soviétiques, mais je crains de passer trop de temps à m’approprier un style graphique que je n’ai pas l’habitude de manier. Il y a 12 pages à faire ! Je reste sur un concept plus proche de mes recherches graphiques du moment : noir, blanc, touches de gris, une ou deux couleurs additionnelles.

Les 25H BD, c’est un marathon. Et comme dans un marathon, on subit différentes phases, mentalement.

Une heure après le début du challenge, j’étais à fond, ultra concentrée et motivée comme jamais.

Premières planches

Samedi, 15h30 : Mon storyboard fait 16 pages, c’est un peu plus long que prévu. J’attaque quand même. Je décide d’utiliser le procédé de l’entonnoir : d’abord faire quelque chose de très vague pour l’ensemble des pages, puis affiner progressivement de la façon suivante :

Brouillon pages 1 à 16 > Encrage pages 1 à 16 > Aplats couleurs pages 1 à 16 > Effets d’éclairage/de texture page 1 à 16

Ainsi, quel que soit le moment où je serai interrompue par la deadline, j’aurai quelque chose à présenter.

Premiers doutes

Samedi, 16h00 : je commence à avoir des doutes sur mon scénario. La mise en abîme est probablement trop subtile. Tout changer maintenant ? Mauvaise idée… Je réfléchis, tout en avançant.

Samedi, 17h00 : J’ai trouvé une solution en ne changeant que la fin du scénario, mais je ne suis pas encore très sûre. L’avantage de cette nouvelle idée est que le nombre total de pages passe de 16 à 12. Pour me laisser le temps de réfléchir, je décide de changer ma stratégie. Plus d’entonnoir. On réduit les choix d’éclairages à des zones d’ombres noires très contrastées, et on finit entièrement page après page dans l’ordre chronologique, comme ça, le temps d’arriver aux fameuses dernières pages, j’aurai validé ma décision. Je regrette de ne pas travailler en groupe, car une décision votée par plusieurs a toujours l’air plus fiable que prise seule. Tant pis, je me tiens à ma nouvelle stratégie.

5 heures après le début du challenge, je me disais encore que ce serait peut-être pas si compliqué, après tout.

Première pause

Samedi, 22h30 : Il est temps de déconnecter complètement, de dîner, de faire une pause mentale. Je regarde un peu ce que font les autres, histoire d’évaluer ma position dans le groupe, sans trop m’y attarder de peur de voir « un truc trop bien qui me découragerait totalement ».

Dimanche, 00h30 : fin de la pause. Je suis à 3 pages sur 12. Il est temps d’accélérer la cadence !

10 heures après le début du challenge, la fatigue s’installe…

La Galère

Dimanche, 02h58 : Mon cerveau fatigue. Je me motive avec une playlist bien entraînante.

Dimanche, 3h00… ah bin non, 2h00 : Allez, un peu de sérieux. Je démarre la planche 6.

Dimanche, 02h30(pour la seconde fois) : crampe à la main, les yeux qui brûlent, le cerveau en bouillie. Sur le groupe facebook, les autres sont également en galère.

Dimanche, 3h00 : ma productivité a dégringolé, j’abandonne. Je vais dormir un peu. Il me reste 5 planches à faire, en rushant je peux en faire une par heure. En me réveillant à sept heures, ça devrait être faisable. Je mets mon réveil et sombre dans les limbes.

15 heures après le début du challenge, c’est l’heure des regrets…

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Le Sprint Final

Dimanche, 9h00 : Je me réveille avec 2heures de retard. Soit je bâcle en quatre heures pour la tortue d’or, mais je rends des visuels tous moches et une histoire pourrie que personne ne va aimer, soit je vise la tortue d’argent, sachant que pendant la nuit, j’ai eu une idée de fin vraiment cool. Il faudra juste faire 15 pages au lieu de 12… Je fais le choix de la tortue d’argent et de la qualité.

Dimanche, 13h00 : c’est fini. J’ai publié la 8e page et commencé la 9e. Je prends l’après-midi pour me remettre de mes efforts

1er Novembre, 21h00 : je décroche la tortue d’argent avec ma 12e page. Pour le sport, je choisis d’aller jusqu’au bout de l’histoire coûte que coûte.

2 Novembre, 15h00 : ça y est, la quinzième page est publiée. Je peux enfin déposer mon stylet avec satisfaction.

24 heures après le début du challenge… on speed, on speed !

Ce que je retiens de cette aventure

25H BD, c’est une expérience incroyable. Ce marathon vous oblige à être organisé, pertinent, efficace ET créatif. Un superbe challenge, par une équipe d’organisation au taquet et généreuse en encouragements et en soutien, pour des participants sympathiques, qui jouent le jeu à fond pour produire un contenu original.

Je sais que vous êtes curieux de voir le résultat, alors je vous ai fait ma petite sélection perso :

Adobniis, Tortue d’Or : https://www.25hbd.com/?pg=participation&pt=693&an=2017

Amnis, Tortue d’Or : https://www.25hbd.com/?pg=participation&pt=833&an=2017

Hortense, Tortue d’Or : https://www.25hbd.com/?pg=participation&pt=951&an=2017

…et  la mienne, Café des Récits, Tortue d’Argent (mais fière quand même) : https://www.25hbd.com/?pg=participation&pt=593&an=2017

Enfin, la page avec la liste de tous les participants, si vous souhaitez voir plus de créations : https://www.25hbd.com/?pg=auteurs

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne lecture et à vous dire à bientôt, sur le Café des Récits !