– Ah, bon… et qu’est-ce qu’elle dit, cette voix ? Demanda-t-elle, piquée par la curiosité.
– De ne jamais, au grand jamais, enlever mon bandeau.
– C’est tout ?
Je sentais la déception dans sa voix.
– Oui, répondis-je. C’est tout.
– Oh… ça ne risque pas de beaucoup t’aider, alors…
– C’est sûr.
Ça me réconfortais de pouvoir marcher avec quelqu’un… Mais j’avais peur que le silence qui s’installait ne lui donne envie de partir.
– Tu… tu es toujours là ? Hésitai-je.
Silence complet. Déception.
– Bien sûr que je suis toujours là ! S’exclama-t-elle en riant.
Je répondis par un sourire involontairement maladroit.
– Je suis désolée, je ne voulais pas être méchante, c’était une blague…
– Je ne t’en veux pas. Comment tu t’appelles.
– Jehora.
– Alors ton prénom commence comme le mien !
– Oui, mais tu sais, beaucoup de nomades ont un prénom comme ça, en hommage à « Jeh », le dieu du vent et du désert.
– Alors peut-être que j’ai toujours été un nomade…
– Je n’en sais rien, mais j’ai de gros doutes.
– Ah bon ?
Je ne voulais pas le montrer, mais cette façon spontanée de me cataloguer me vexa profondément.
– En fait, tes jambes ne sont pas habituées aux longues marches ; ça se v…enfin, je veux dire, heu…
Sa voix trahissait un profond embarras. Sa gêne m’amusa un peu.
– C’est pas grave, laisse tomber, Jehora, je ne t’en veux pas. C’est vrai que je ne sais pas du tout à quoi je ressemble.
– Je peux te le décrire, si tu veux ! S’écria-t-elle avec beaucoup d’enthousiasme.
– Vas-y, je t’écoute.
– Alors, voyons… Déjà, tu es un peu petit pour un garçon. Les autres enfants te dépassent tous. Sauf Jina, mais elle n’a que 5 ans.
– Je suis si petit que ça ?
– Oui. Et tu as l’air assez maigre et pas très robuste, et pourtant tes mollets sont lisses et ronds, comme si tu marchais très peu. Je peux soulever ta capuche ?
– Oui, si tu veux.
– Alors… Ah, c’est bizarre. Tu as les cheveux très, très courts, comme si on te les a rasé récemment. Et puis ton nez et tes oreilles aussi sont bizarres. Tu…
– Laisse-tomber, je veux remettre ma capuche, exigeai-je brutalement.
Jehora se tut aussitôt. Je regrettai mon ton sévère.
– Ça me gêne que tu me dises que je suis bizarre, repris-je doucement.
– Tu n’es pas un monstre non plus, tu es juste différent.
– En quoi mes oreilles et mon nez sont si étranges ?
– J’ai du mal à l’expliquer, elles… Attends, j’ai une idée, je vais te montrer.
Elle attrapa ma main et me fit toucher mon oreille, puis la sienne. Après cela elle fit de même avec mon nez et le sien.
– Tu v…heu, tu comprends ce que je veux dire ?
– Je crois que oui.
Ses oreilles étaient toutes petites comparées aux miennes. Son nez avait des formes douces, très arrondies, tandis que le mien me semblait proéminent et anguleux.
Je commençais à comprendre la méfiance des nomades à mon égard.
Je n’étais pas comme eux.
Jehora dut percevoir ma tristesse. Elle prit soudain un ton enjoué et me parla de choses anodines, des villages et des endroits qu’elle avait vu, elle me chanta des chansons populaires de Kamojeh, la capitale. Elles parlaient de la beauté de la ville que l’on surnommait « la perle du désert » ; des quatres Sages Cardinaux, gardiens de la culture et de l’histoire des ancêtres, de la cruauté des Tjinhs ainsi que de Jeh et de sa promise au teint pâle. Jehora meubla gentiment mon silence maussade jusqu’à l’arrêt de la caravane, qui me permettait de déduire que la nuit tomberait bientôt.
Pendant cette longue marche, moi, j’avais bien réfléchi, et je m’étais rendu compte d’une chose toute bête que j’avais tourné et retourné dans mon esprit jusqu’à ce que je sois totalement convaincu que ce n’était pas logique.

L’univers de EDD
EDD est une histoire que j’ai commencé à écrire quand j’étais encore à l’école. A l’époque, j’avais découvert “les Enfants de la Pluie”, un long-métrage d’animation ; et j’ai eu envie de faire quelque chose qui se présente dans un univers à la fois semblable et différent. Plus le temps passe et plus EDD perd ses ressemblances avec “Enfants de la Pluie” et gagne en originalité. Peut-être que quand j’aurai entièrement réalisé la version finale, je regarderai à nouveau le film d’animation qui m’a inspiré, et je me rendrai compte que les deux histoires n’ont rien en commun. Je trouve que ce serait assez drôle !